Ce texte est en réponse au commentaire de mon confrère et ami Michel Dumais qui décrétait hier la mort imminente du répertoire phare de l’histoire du web au Québec : La Toile du Québec.
Bien sûr, les mises en garde d’usage. Je partage la paternité de ce répertoire avec Yves Williams avec qui j’ai le bonheur d’avoir toujours une communauté d’idées sur la chose. Ce texte exprime cependant mes opinions personnelles et n’implique en rien Yves, Michel, ou les propriétaires actuels de La Toile.
D’abord les faits. Yves et moi avons créé La Toile sur un coup de bol incroyable. Nous étions en plein apprentissage du nouveau médium qu’était le web en 1995 et nous avons commencé à répertorier les sites web émergents du Québec francophones, puis anglophones. Un peu plus tard, ce fut le grand saut : en 1996, après avoir été témoin d’un achalandage exponentiel mois après mois, nous quittions nos emplois sécuritaires au journal Le Devoir pour fonder Netgraphe, nouveau berceau pour La Toile. L’aventure est historique à bien des égards.
La pertinence de La Toile du Québec a été instantanée pour les internautes québécois. D’abord son caractère francophone comblait un vide immense dans le web naissant (La France a traîné de la patte longtemps!) et le fait d’avoir en un seul endroit l’ensemble de la communauté Internet était fort pratique pour trouver quelque chose. Les écoles et les organismes gouvernementaux ont été les early adopters qui ont fait naître le phénomène. Autre fait capital, mais qui est souvent oublié, le répertoire a été revu et corrigé dès 1996 par une jeune bibliothécaire visionnaire, que j’appelle avec une amitié sentie la grande prêtresse de La Toile : Stéphanie Simard. La force intrinsèque de La Toile, c’est son classement.
Cela dit, la recherche dans un répertoire s’est fait occulter par la grande force des moteurs de recherche à grande échelle. Google répond à bien des questions rapidement et efficacement. La Toile en pâtit.
Par contre, encore aujourd’hui, je constate que pour certaines formes de recherche, le répertoire qu’est La Toile du Québec demeure plus pertinent qu’une requête de recherche dans Google. Par exemple, si vous cherchez un chalet dans les Laurentides, il vous sera plus facile de circonscrire votre recherche dans les pages de La Toile que dans les 41,000 résultats de recherche de Google. Aussi, si vous cherchez l’adresse d’une école dans votre quartier, il pourra être plus facile de la retrouver via un classement des écoles par région. Mais encore, tout dépend de votre niveau de googlitude!
Donc, la pertinence de La Toile du Québec peut être encore grande pour les internautes. Le mot-clé ici : local. Les communautés sont résolument locales pour la plupart. L’utilité du répertoire sera de servir ces communautés.
Mais La Toile est-elle pertinente sur le plan économique pour Canoe? C’est la grande question. La Toile, c’est des dizaines de ressources, une infrastructure qui dépasse le sens commun, des coûts récurrents importants et un modèle de revenus déficient.
Dumais pose la question qui tue : a-t-on fait tout ce qu’il fallait pour entretenir ce répertoire?
Je crois que non. Autant je crois que Québécor Média a fait de Netgraphe-Canoe une compagnie assainie et rentable, autant je pense que la vision web n’y est pas. La Toile aurait pu, entre de meilleures mains, devenir autre chose, évoluer. Au lieu de cela, c’est le syndrome de la pizza all dressed qu’on nous présente. C’est tout croche et ça ne pogne pas!
Pourquoi pas des outils pour les écoles? Des répertoires locaux de services? Des systèmes d’alertes shopping en région? Il y a tellement de besoins dans les communautés locales que j’ai peine à croire que Canoe a épuisé les idées.
Si Canoe croit que La Toile n’a plus de valeur, je vais activer une clause shot gun virtuelle au nom de l’histoire : je rachète La Toile pour 1$ et une balance de vente… on verra bien ce qu’un peu de vision et 1$ peuvent faire… on l’a déjà fait une fois…
Bon, on jase là comme dirait l’autre… La Toile n’est ni morte ni à vendre à ce que je sache. Mais Dumais pose les bonnes questions, comme souvent.
Je pense qu’on peut très bien réinventer La Toile du Québec, mais Dumais a raison : dans sa forme actuelle, elle est condamnée.
La toile a besoin de jus de bras pour rester à jour … peut-être en la transformant à la sauce web 2.0 (wiki ou quelque chose du genre) elle retrouverait sa pertinence…
Excellent commentaire Ruin. Je pense que l’UGC redonnerait un second souffle au répertoire… mais il faut une masse critique de contributeur pour modérer tout ça. L’aurait-on au Québec?
“La Toile, c’est des dizaines de ressources …” – La Toile n’est pas composé de dizaine de ressources. Dans les premières années, oui, mais maintenant, non.
Je crois que le mot à retenir est: local. Je pense aussi que l’UGC donnerait de la valeur à ce site.
Pour moi, La Toile est morte depuis longtemps. Elle survit comme un corps dans le coma. Son âme (lire Chrystian Guy, Yve Williams et compagnie) ont coupé le fil d’argent.
Je ne cacherai pas que je n’ai jamais aimé Québécor qui, pour moi, représente tout ce que la grand entreprise a d’inhumain.
Derrière l’idée de La Toile, comme derrière chaque grande idée, il y a un facteur humain, un rêve, une idée.
Québécor a soufflé cette bougie avec un vent de logique comptable, d’opportunisme d’affaire et de tractations financières.
Tout ce qu’il reste aujourd’hui, ce sont des termites qui travaillent la charpente vermoulue d’une maison à la veille de s’écrouler.
La Toile va s’éteindre, comme Yahoo, avec sa fonction répertoires, s’est éteint, remplacé par les algorithmes de recherche. La Toile est déjà morte, depuis le jour où Canoe l’a intégrée, a pompé son trafic et sa notoriété et l’a laissé à l’abandon. Il n’y avait plus personne pour la mettre à jour et son avenir est entre les mains des ventes de Canoe Klix; qu’y a-t-il de plus à dire?
Le plus triste, c’est qu’on perd le seul outil qui permettait encore de mettre en valeur les contenus québécois. Mais pour ce faire, il aurait fallu y croire. Les guides qui offrent une sélection de sites et d’outils utiles, restent encore pertinents. Il aurait suffi d’inviter la population à contribuer et à classer son contenu (pourquoi pas l’intégrer à Wikipedia?) pour qu’elle joue son rôle pleinement.
Le modèle d’affaires était à repenser, mais Quebecor a refusé de le faire, faute d’imagination, de créativité et de volonté. Ç’aurait été une belle occasion de mobiliser les internautes qui ont connu à une certaine époque une véritable histoire d’amour avec la Toile. Difficile de marier l’amour et l’argent, non?