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Vie et mort d’un oiseau

Ceci est une histoire triste. C’est aussi le récit d’un espoir. Une anecdote qui semble mal finir, mais peut-être pas non plus.

Hier soir, petit souper en famille sur le patio. Soudain, un oiseau se pose sur la balustrade, tout près de nous, à distance de bras d’homme, mais surtout à distance de regard de petites filles émerveillées. La bête semble mal en point: le plumage ébouriffé, le regard las, quelques gouttelettes de sang sur le bec. Papa sait ce qui se passe. Nous avons un survivant devant nous.

Une inspection un peu plus rapprochée révèle une large blessure au cou de l’animal, la queue enfin est amputée de ses longues plumes habituelles. Titti a rencontré Sylvestre, mais il a réussi à s’échapper in extremis.

1… 2… 3… Papa pense vite. Ok, on va essayer de le sauver, au risque de causer une petite commotion s’il venait à mourir, mais, bon, Papa est un amant de la nature et voue un véritable culte à la vie (oui, il évite aussi de marcher sur les fourmis…). On monte la cage du chien, les filles préparent un bol d’eau et des miettes de pain, Annie s’affaire à capturer l’oiseau le plus délicatement possible, chose qu’elle réussit après seulement deux tentatives. Tout le monde applaudit!

Les filles partent chercher des brindilles, des fleurs pour faire beau et des branches pour faire un nid.

Papa les prépare au pire, mais annonce du même coup que nous avons tout fait pour le sauver, que nous avons agit sur ce que nous pouvions contrôler et que le reste ne nous appartenait plus. L’oiseau est encore debout, boit beaucoup et se réfugit dans le nid de branches de cèdre que nous avons composé du mieux que nous pouvions. Annabelle, du haut de ses cinq ans prépare un dessin pour Carolanne (c’est le nom de baptême de l’oiseau maintenant) et Elizabeth, avec la maturité de ses huit ans, pleure déjà de la tragédie possible.

Le soir est tristounet, mais on s’endort avec l’espoir d’avoir un nouveau locataire pour quelques jours, Du moins, c’est le plan puisque l’oiseau semble hors de danger et mange même un peu.

La nuit l’aura cependant emporté. Au petit matin, Papa se lève avant tout le monde pour constater l’état du survivant. Il ne l’est plus. La blessure, trop profonde. Papa cache le défunt du mieux qu’il peut pour le matin. On fera le deuil ce soir. Le ciel peut attendre. Le simulâcre est parfait.

Leçons à tirer. D’abord, la vie vaut la peine d’être préservée. Ce sera un enseignement sur la valeur de la vie, mais aussi une mise en perspective de la mort. Le chat, présumé, ne doit pas être perçu comme le bourreau dans cette histoire, toute naturelle. Elizabeth, anticipant le pire hier, a déjà compris que la vie est injuste. Papa l’a renforcé dans cette idée; ce sera un autre enseignement. Enfin, la tristesse est naturelle devant le spectacle de la mort, mais il ne faut pas s’en désoler pour autant.

Et ces mots de D. H. Lawrence me reviennent à l’esprit:

I never saw a wild thing sorry for itself.
A small bird will drop frozen dead from a bough
Without ever having felt sorry for itself.

Deux petits coeurs seront blessés, un peu, ce soir, mais grandiront du même coup. La grande idée derrière cet exercice est de montrer que malgré tous nos efforts, la conclusion est souvent hors de notre contrôle. Mais nous pouvons être fiers d’avoir tenté une action noble. C’est à l’aune de leurs actions que l’on mesure l’esprit des Hommes.

Posted in Chronique, Perso.


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