Les mots comme édifices du réel

November 21, 2011  by Chrystian Guy  •  Chrystian Guy

Ce matin à la radio j’ai entendu la voix rustique de Fred Pellerin, le conteur. Ce parlé d’un autre temps, qui en fait est le parlé très actuel de sa région, me rappelle celui de mon père, né en 1923 à Ste-Angèle-de-Monnoir.

Mon père m’aura transmis certaines expressions que je n’utilisais qu’en sa présence: une pantry, un canard (pour une bouilloire), un car (prononcé cor) à vidanges, un stew (pour la bouillie), de la minoune (pour de la graisse de rôti)…

Tout cet univers vit en moi. Ces mots d’une autre époque m’habitent, sans que je les utilise pour définir mon réel. Je me rends compte que je possède plusieurs lexiques: celui de mon père, celui de mes amis, celui de mon industrie, celui de ma ville, celui de mes enfants, le mien, très personnel. La plupart de ces lexiques sont tirés du français. Certains de l’anglais. Quelques-uns des deux.

J’ai des amis avec qui je parle couramment en anglais, malgré que nous soyons francophones, tout simplement parce que nous avons fait connaissance dans un contexte anglophone et que nos référents sont intimement liés à cette langue.

Je me souviens d’une anecdote où, alors que je vivais en Hongrie, je parlais un français international pour me faire comprendre de mon amie. Les mots que je choisissais étaient simples pour qu’elle me comprenne et mon accent était aussi normalisé. Or un jour, j’ai appelé mon père pour prendre de ses nouvelles et après l’appel, mon amie m’a demandé, le plus sérieusement du monde, quelle langue je parlais. Elle n’avait tout simplement rien capté du régionalisme que j’employais avec mon père.

Surprenant que Google arrive à faire sens de nos requêtes parfois…

 

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