De la solitude

February 13, 2012  by Chrystian Guy  •  Chrystian Guy

Parc Lafontaine, Montréal, hiver 2010.

Il y a deux choses qui me font spontanément penser à la solitude. La première est une chanson: Sitting on the Dock of the Bay [Wiki] d’Otis Redding. C’est la solitude prolétaire, plus proche de la misère. Ces mots, simples:

Sittin’ here resting my bones
And this loneliness won’t leave me alone
It’s two thousand miles I roamed
Just to make this dock my home

Combien d’hommes et de femmes seuls? Combien d’heure passées à attendre? Si les bancs de parc pouvaient parler…

La deuxième est l’oeuvre de Marguerite Yourcenar [Wiki] qui, dans Mémoires d’Hadrien, donne la parole à l’empereur romain, alors à la fin de sa vie, sachant la mort proche et se retrouvant seul face à cette conclusion inéluctable, malgré qu’il ait dominé le Monde. Les derniers mots du récit sont poignants de lucidité.

Petite âme, âme tendre et flottante, compagne de mon corps, qui fut ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, où tu devras renoncer aux jeux d’autrefois. Un instant encore, regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus… Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts…

La solitude n’est pas selon moi un état physique, c’est-à-dire l’absence d’autres personnes. Elle est d’abord une condition psychologique. Je ne suis jamais seul car j’ai toujours à penser. J’ai parfois ressenti la douleur de l’absence, mais cela est moins de la solitude qu’un sentiment de manque.

L’Homme est un animal grégaire, mais dans tous les troupeaux, il se trouvent toujours quelques poètes qui auront envie de s’échapper par le rêve. Heureux le poète qui, même esseulé par les siens et abandonné par les livres, saura s’inventer les récits qui nourriront son esprit.

Encore une fois, les bancs de parc sont des témoins privilégiés de ces moments de grâce.

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