Les animaux malades de la peste

November 1, 2012  by Chrystian Guy  •  Chrystian Guy

Je n’écris pas pour défendre Gérald Tremblay. Je l’ai rencontré une fois dans un événement privé et il m’a paru fort gentil. Je ne ferai pas l’erreur de méprendre ses qualités humaines pour celles nécessaires à l’exercice de ses fonctions. Je ne le jugerai pas non plus, car cela dépasse ma compétence.

Mais je me permettrai de juger de la probité intellectuelle de mes pairs qui accusent sans savoir et qui bafouent tous les fondements de notre système judiciaire. Faut-il rappeler qu’une opinion n’a aucune valeur de vérité?

Je me souviens des Animaux malades de la peste, cette fable de La Fontaine qu’il fallait apprendre par coeur à l’école; la fin sera mon amorce:

Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

L’Homme cherche toujours une explication simple aux phénomènes qu’il observe; c’est dans sa nature. Et lorsqu’il ne trouve rien d’avéré, il invente fables, contes et mythes pour expliquer ce qu’il ne peut faire lui-même.

Dans le cas qui m’intéresse ici, nous semblons avoir trouvé notre baudet, quoique le nôtre n’ait encore rien avoué qui vaille. Mais les aveux de ses congénères le rendent coupable par association. Voilà un premier sophisme. Et comme deuxième erreur de raisonnement, nous ajouterons qu’il est le chef; sophisme d’autorité.

Ma question est donc la suivante: Gérald Tremblay est-il vraiment le chef d’un système de corruption? N’est-il pas plutôt le chef d’une administration municipale qui s’avère être corrompue. Et le corrolaire: ce système n’est-il pas plus grand que lui, voire de qui que ce soit d’élu au pays? Enfin, qui a avantage aujourd’hui à braquer les projecteurs sur lui? Montréal serait-elle la Sodome du Québec, du Canada? Faire tomber les chefs secondaires, d’autres ont fait ça avant nous!

Posons ceci: je deviens maire de Montréal. Ceci relève plus de la popularité que d’un réel pouvoir pour l’instant. Ensuite, je rencontre mes fonctionnaires; je commence à comprendre comment se font les choses. Mes conseillers me prescrivent la patience, ne connaissant pas mes appuis réels. Puis, on me fait savoir ce qu’on attend de moi comme maire; on m’explique les systèmes en place, les forces en jeu. On me fait aussi comprendre que tous ces systèmes fonctionnaient très bien avant moi et fonctionneront aussi sans moi. Je suis un pantin. J’ai un bras dans un engrenage.

Gérald Tremblay savait-il? Je crois que oui, sinon, il est un idiot. Avait-il le pouvoir de changer des choses? Peut-être. Peut-on lui reprocher de ne pas avoir jouer sa vie pour sa fonction. Non.
C’est bien là le noeux de mon argumentaire. Dans le bilan qu’il a pu faire de ce qu’il avait à gagner et de ce qu’il pouvait perdre, Gérald Tremblay a peut-être manqué de courage. Mais si le système est aussi gros qu’il parait être, peut-on vraiment le lui reprocher? Après tout, des gens ont souffert ou sont morts pour moins que ça dans ce monde interlope.

Je crois que Gérald Tremblay a choisi de ne pas savoir. Il a ainsi choisi de ne pas intervenir. Mais j’ose encore croire qu’il a aussi choisi d’administrer Montréal au meilleur de sa compétence et de le faire malgré les systèmes malicieux en place. Entre deux maux le moindre.

Combien vaut une bouteille d’eau? Un dollar, deux? Combien vaut la même bouteille d’eau au coeur du désert? Ainsi, combien coûte le pavage d’une artère? Et si on me disait qu’il m’en coûtera 30% de plus pour survivre? Je prendrai peut-être ce pari s’il m’était imposé.

La probité des hommes est toujours fonction de leur situation. Avant de jeter son fiel sur un âne, regardons un peu notre propre harnais et la main qui le tient.

Et pour ce qui est de la colère des montréalais, je crois qu’elle est bien fondée. Mais pendre un âne n’y fera rien.

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