Le métier de sauver des vies

November 22, 2012  by Chrystian Guy  •  Chrystian Guy

Un vieux philosophe Sulpicien m’avait déjà demandé: “Combien coûte un verre d’eau?” Et devant ma moue signifiant presque rien, il avait enfilé: “Et combien vaut ce même verre d’eau au coeur du désert?”

C’est là que j’ai compris tout le sens de sa question. Et c’est ce qui me servira d’amorce pour parler d’un sujet qui semble prendre de l’importance ces jours-ci: quel devrait être le salaire des médecins?

Je ne souhaite pas donner dans le débat biaisé et tenter de faire la démonstration de la valeur chiffrée de la rémunération des médecins. Je vais parler de vocation, de don de soi et de miracle.

D’abord la vocation, car s’il est métier qui l’exige, c’est bien celui de pratiquer la médecine. Devenir médecin ne nécessite pas seulement passer beaucoup de temps sur les bancs d’école ou encore avoir une intelligence supérieure à la moyenne. Il s’agit d’apprendre le métier de guérir les gens et parfois de leur sauver la vie. Tu n’arrives pas à cela avec des bonnes notes en chimie et la patience de passer au moins deux fois plus de temps à l’Université que le bachelier ordinaire. Il faut vouloir se soumettre à un régime d’apprentissage qui est aux limites des capacités humaines et surtout passer une longue liste d’épreuves toutes faites pour vous casser.

Le don de soi n’est pas donné à tous, il est vrai. Certains, plus techniciens, se concentrent dans la recherche ou encore dans une pratique plus clinique. Mais la plupart mettent le bien-être de l’humain au dessus de tout, parfois bien au-delà de la foi qu’ils peuvent avoir ou non. Ils font des heures qui les obligent même à tricher avec leur propre santé et ne connaissent pas le concept de soirée ou de weekend.

Pour ce qui est des miracles, les médecins eux-mêmes diront qu’ils sont souvent liés aux circonstances, voire la chance. Mais il y a des petits miracles qui s’opérent chaque jour dans les cliniques et les hôpitaux. Des vies sont sauvées, pas toujours, mais assez souvent pour que des cartes de remerciement tapissent les babillards des hôpitaux. Alors je repose ma question: combien vaut un verre d’eau au centre du désert? Combien vaut la vie?

Il est aisé de crier son désaveu devant des riches qui vivent dans un autre monde ou encore attaquer la probité de ceux issus de famille assez aisées pour payer des études en médecine. Le médecin n’est rien de cela. Le médecin est médecin et il arrive que celui-ci devienne riche, bourgeois et peut-être même élitiste. On ne devient pas l’élite d’une société en nivelant par le bas! Pourquoi vouloir rabaisser le sort de ceux de qui c’est le métier de guérir. Pour que tous soient égaux? Il me semble que ce système a déjà été tenté à quelques occasions dans l’histoire récente de l’humanité; sans grand succès, j’ajouterai.

Notre système économique en est un de compétitivité et pour avoir des médecins de qualité, il faut avoir un système de rémunération à la hauteur. La prochaine fois que vous aurez besoin d’un médecin, demandez-vous si l’option 2 pour 1 ou 50% de rabais serait applicable au traitement de votre mal, quel qu’il soit. On oublie vite la valeur des choses quand elles nous sont données gratuitement depuis longtemps…

 

Comments:

  • FLaRoche 22/11/2012 at 19:32

    “Hear, hear” comme disent les parlementaires. S’il en est pour abuser le système (en construction par exemple, tiens), il en est de la grande–très grande– majorité pour le faire fonctionner tel qu’on le veut : efficace et généralement efficient.

    Qu’on se concentre sur ceux et celles-là en abordant ce débat sur la valeur monétaire du services d’un médecin. (Et demain, ce sera qui, l’avocat, le plombier ou l’éboueur ?)

    Qu’on ne se concentre pas sur les cas extrêmes (oui, la radiologie, l’ophtalmo sont des aberrations), mais bien sur des chiffres qui racontent la vraie histoire de l’ensemble, de la majorité.

    Ah oui, je déclare : je suis mariée à une m.d. généraliste qui travaille des heures de fou à traiter des vieux (préfèrent-on aînés?) dans des CHSLD pour des revenus bien en deçà de ceux qu’on voit publiés dans les journaux ces jours ci. Salaire net de l’heure ? Bien en dessous de celui du plombier au tarif régulier…

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